Horlogère des années


Allonge tes pinces, l'oeil vissé à sa loupe,
Ta main étendue au-dessus de moi, comme une coupe
Me voilà muet et sans voix ...
Tu as changé ma bouche en pierre,
Et me voilà, figé, déjà envahi par le lierre.

Oui, tu peux te lover dans mon ombre bleue,
Parcourir mes espaces, enserrer de tes bras mon buste heureux ,
Si tu arrêtes le temps, et maintiens suspendue la furie des océans,
Troubles la peaux des anges , et délaisses l'inutile,
Fleurir dans l'alliance et l'écrin de mes îles ...

Au geste arrêté et à la main ronde,
Répondrait ta peau douce, et chevelure blonde,
Gardant le souvenir du soleil,
Comme un autre sortilège,
Emergeant , à nul autre pareil.

Mais si tu veux que je me libère des années,
Et, qu'avec toi, je puisse me promener,
Comme au sortir du sommeil,
Laisse tes doigts parcourir mes rides,
Viens te loger dans ma chrysalide,

Ignorons les siècles qui nous séparent,
Non, tu vois, tu n'es pas en retard,
Tu me joueras une musique de joie ;
Et je goûterai à ton regard de velours
A la fontaine aux troubadours.

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c'est une variation "réponse" sur un texte de Nathalie Bardou, qui suit...

"viens me chercher ce matin"
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Viens me chercher ce matin.
Le jour est lourd de son drap de lin, de son amidon de siècles.
Tu es dans l'autre chateau. Je suis dans celui-ci, aussi minuscule qu'un doigt d'eau que je porte au cou.
Dors tu encore pour ne pas avoir posé au seuil du jour la terre d'émeraudes dans laquelle je sculpte ton visage ...
Viens me chercher, tes bras de ciel, empli de soieries des voyages, tes yeux chantant la fontaine des troubadours.
Viens, même sans mots, même sans sourires, même lointain, mais viens.
J'attends tes pas sur mes graviers, tes pas qui enroulent mon sang, qui bouclent chaque fleur du jardin .
J'attends l'éclair de la seconde , ta bouche de pierre qui rosit et ton corps raide qui boit au vin de la vie.
J'attends, là, la table est mise, tu as l'assiette et le verre, je t'ai préparé quelques rouleaux de rêve à te raconter. Quelques journaux sans faits divers, écrits par la neige.
Je t'ai cuisiné un gâteau de saison.
Un gâteau de fin d'hiver, pousse la porte et assieds-toi.

Lorsque tu seras là, j'arrêterai le temps. Je le délaisse comme je délaisse l'inutile. Je m'assièrai en face de toi et je t'écouterai. Tu me diras , les couleurs de ton château, la furie de ces océans inconnus, le trouble des peaux des anges et les plumes blanches dont on fait des châles pour les nouveaux-nés .
Tu me diras, et je sourirai comme je ne souris plus autrement qu'à toi, me nichant dans ton ombre bleue , dans la pâleur secrète d'une main ronde.
Tu me diras et je te regarderai , je me promènerai dans tes cheveux, dans ton odeur, sur chaque fissure de la peau, je ne dirai mot, je fleurirai ce silence qui est notre alliance.
J'écouterai les oiseaux de paradis, et les confidences des jacinthes que tu m'offres à chaque fois.
J'ai gardé le bouton d'or de la dernière promenade.

Je te survivrai jusqu'aux dernières floraisons des printemps, je le sais sans le savoir, le le vis sans le vivre, je sais tout dans l'oubli du moment.
Pour ceci, pour la vie dans la vie, offre moi encore l'écrin d'un violon...

Je t'entends...
Dis donc il était temps...mais non, tu n'es pas en retard...c'est juste tu comprends le petit cri du vide au volet si jamais...
Sourires...je sens ta main déjà à la fenêtre...
Bonjour...



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