Mon âme est une infante

Mon âme est une infante

 

Mon âme est une infante en robe de parade,

Dont l’exil se reflète, éternel et royal,

Aux grands miroirs déserts d’un vieil Escurial,

Ainsi qu’une galère oubliée en la rade.

 

Aux pieds de son fauteuil, allongés noblement,

Deux lévriers d’Écosse aux yeux mélancoliques

Chassent, quand il lui plaît, les bêtes symboliques

Dans la forêt du Rêve et de l’Enchantement.

 

Son page favori, qui s’appelle Naguère,

Lui lit d’ensorcelants poèmes à mi-voix,

Cependant qu’immobile, une tulipe au doigts,

Elle écoute mourir en leur mystère...

 

Le parc alentour d’elle étend ses frondaisons,

Ses marbres, ses bassins, ses rampes à balustres,

Et, grave, elle s’enivre à ces songes illustres

Que recèlent pour nous les nobles horizons.

 

Elle est là, résignée, douce, et sans surprise,

Sachant trop, pour lutter, comme tout est fatal

Et se sentant, malgré quelque dédain natal,

Sensible à la pitié comme l’onde à la brise.

....

Albert Samain 1858-1900

http://www.poetes.com/samain/index.php

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