Mes amours pâtissières, texte humoristique

Mes amours pâtissières.

 

La solitude est un pesant fardeau mais il arrive que ce dont on se pâtît se rit. Elle avait des yeux comme de petites dragées bleues, le sourire comme une mignardise à la framboise. Chaque joue veloutée comme une pêche melba, le nez, un petit loukoum rose. Son chemisier, de sucreblanc, laissait deviner les fruits confits de seins pointus. Elle ne marchait pas mais glissait légère comme un gâteau de lune sur de petits chaussons aux pommes. J’étais confus de la regarder comme une pièce montée qui me démontait. J’avais le bavarois aux lèvres, les yeux à la neige, le cœur en meringue, la pomme d’Adam confite en pomme d’amour, un coulis de tendresse me transmuait en omelette norvégienne. Une étincelle m’aurait fait flamber. Elle était tout aussi confuse et rit. Elle s’appelait Amandine, Amandine Charlotte. Que dire devant une aussi jolie petite truffe ? Sous un tel coup de foudre Moka était réglé. Crumble ! J’étais craquelin d’elle ! Elle s’arrêta devant un financier, je veux dire un dab pour extraire des sous. Problème. Elle me dit d’un air penaud. Je ne parviens pas à tiramisu. Merveilleux, elle avait besoin de mon aide. Ah, quand le destin nous gâtine ! J’aurais pu lui dire : mon bichon au citron, ce n’est pourtant pas dur, pour toute machine qui tousse, un bon coup de bugne et tu récupères ta galette mais, sous le mille feuille des poèmes d’amour qu’elle m’inspirait, je n’étais que le mendiant d’un désir croissant. Je lui répondis : je suis Saint Honoré de te servir, actionner une machine n’est pas toujours aussi simple que manger une tarte aux pommes. Je comprends le problème qui tatin. Le dab libéré, nous avons entamé une onctueuse conversation. Elle m’expliqua qu’elle avait pour compagnon, un certain Mac Aron, toujours froid et rond. Il n’était pas question pour elle d’avoir un époux dingue mais un époux digne. Dur de vivre avec une bûche glacée. Que pouvais-je lui répondre ? Sans doute pas de faire de la marmelade avec son con pote. Je lui ai tout simplement dit : puisque tu es en franginpanne je te propose de remplacer ta demi-portion par un quatre quarts, c'est-à-dire moi. L’idée de faire pousser des cornes de gazelle sur la tête de son homme était osée. Évidemment, je risquai la gaufre ou tout simplement une tarte, tout de même pas un marron glacé. Ô, la minute d’hésitation, ô, l’idylle flottante. Pouvais-je m’attendre à sa réponse : partons en Bretagne… j’aurais pu m’attendre à : oui ou non, ou choisissons comme destination Chantilly, Pithiviers, Mont blanc, forêt noire ou prenons le Baklava pour atteindre Kouglof mais : partons en Bretagne ! Pourquoi pas à Rome ? J’étais quand même un peu baba. En un éclair j’étais sur le flanc. Moi qui craignais de voir mon espoir tourner en crème brûlée je me retrouvais crème renversée. Si encore elle avait été Franco-russe… Elle me proposa un Paris-brest pour deux. Parmi tous ses fards, j’ignorais qu’elle avait un far breton.

Comme dans les contes de fée, nous fument heureux et eurent beaucoup de petits… gourmands ! On nous considéra comme des parents à la crème, du moins à ce que les friands disent.

 

 

François Fournet

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Date de dernière mise à jour : 18/07/2012

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