Interview de Françoise Valencien

Passons l’huis

de.... Françoise Valencien


N°5 Septembre 1998
Feuillet gratuit - Correspondance privée


Bonjour Françoise Valencien, présentez-vous d'un texte poétique (court).

« A chaque fois que
La terre
Se resserre
Je l'élargis
d'une aile d'hirondelle »  Mahrmoud Darwich

Où êtes-vous né(e) ?
A la Ferté/Jouarre, Seine-et-Marne.

Et...il y a longtemps ?
71 ans, « Je marche vers mes confins » (J.P Nicol)

Où vivez-vous ?
Après onze années hiérarchiquement marquées dans deux bourgs de l'Oise et de l'Aisne, notre famille goûte le bain de foule à Nanterre.

Décrivez votre habitat, votre lieu d'écriture.
Un pavillon en centre-ville, cinq arbres et des oiseaux. Pour écrire, j'ai « ma » pièce (veinarde !) avec meubles et photos de famille. Mais j'écris aussi bien dans la rue et le RER.

Quels sont vos objets préférés ? Avez-vous des « fétiches » ?
Le nécessaire : Bic, lunettes.

Marié(e) ? Des enfants ?
Très bonnement mariée depuis quarante-quatre ans. Quatre adultes, six petits-enfants, et des chats successifs.

Quelle est/était votre profession ?
Difficile à préciser. Mais pour les deux tranches d'activité extérieure (avant, après enfants), exercée dans le secteur social. Disons : conseiller juridique.

Et vous l'aimez/iez, ce boulot ?
Le premier : ouais...mais malaisé parce que très jeune et seule femme cadre au milieu d'hommes vraiment machos à l'époque. Le second : si heureuse de retrouver une identité sociale, à près de cinquante ans, que je l'aurais pratiqués gratos !

Que diriez-vous de vous (physique, caractères, idées...) ? Bref, quand vous êtes seul(e), êtes-vous en bonne compagnie ?
Je suis une femme ordinaire et je ne me sens jamais si bien que dans l'ordinaire.

Quels sont vos défauts, vos vices avouables ?
Une tendance à la cleptomanie (mais je me surveille). Un goût -non modéré- du Sancerre et du Gewurztraminer.

Quels furent, quels sont vos plus grands bonheurs ?
De pouvoir réaliser ce dont j'ai toujours eu envie : fonder une famille, écrire, marcher sur les routes...

Quelles furent, quelles sont vos plus grandes douleurs ?
A part l'occupation, mon père prisonnier et la mort de mes parents, pas de grandes douleurs. Plutôt des périodes de crise du mal-être. Exemple : l'écroulement des valeurs-guides, dix années après rupture franche avec l'église (1972), bouleversement des modalités de l'éducation, identité confuse de la mère de famille (non encore compensée par les bénéfice de la contraception), etc.

Hors l'écriture, quels sont vos loisirs ?
Lecture, randonnée (silencieuse), Qi Gong, cinéma.

Quels sont vos goûts (des noms !) :
Musicaux ? Musique baroque, tout Vivaldi, Satie, Jazz d'avant 1970, musique celtique, Béart.
Artisticaux-graphiques ? G. de la Tour, Turner, Monet, Bonnard, Magritte...et de nombreux contemporains.
Cinématographiques ? Le magique « Au cœur de la nuit » (anglais, 1945), Corneau, K. Loach, Varda...
Littéraires ? A vingt ans : « Les cahiers de Malte L.B » de Rilke et les romanciers russes. Mais je ne lis plus que des essais.
Gastronomiques ? le plus simple dans la meilleure qualité. Mais aussi, dans un bon restau, un plat raffiné.
Géographiques ? L'humide : forêts, rus et rivières, îles, neige (sans ski ni skieurs).
Autres ? Le ping-pong. Les casse-pieds pour ce qu'ils suscitent d'arrière-pensées.

Et vos dégoûts (des noms !) :
Musicaux ? Mahler et Brahms : ennuis. Xenakis : grincements de dents. Techno : horreur !
Artisticaux-graphiques ? Miro, ma tête de Turc (de beaucoup, je préfère le Turc).
Cinématographiques ? Les énormes trucs américains.
Littéraires ? La poésie mignarde, le roman bavard, la nouvelle pas assez concise ou sans chute intéressante.
Gastronomiques ? Le sucré, le trop copieux.
Géographiques ? Le sud sec. Les HLM des faubourgs
Autres ?...

Par quelle qualité êtes-vous séduit(e) ?
La bienveillance. La pertinence maxima entre parole et vie.

Par quel défaut êtes-vous rebuté(e) ?
Ce qui m'apparaît comme du laxisme. Le non-respect envers tout autre (végétaux, animaux compris).

Quels hommes/femmes admirez-vous ?
Tous dans leur compétence. Par exemple : Marie Curie et ma femme de ménage. Surtout pas les « grands hommes » qui cachent toujours un ou plusieurs aspects exécrables.

Quels hommes/femmes méprisez-vous ?
Je crois ne jamais « mépriser ». mais me déplaisent : les hommes qui plastronnent, les mesquineries de beaucoup de femmes.

Selon vous quels dangers menacent nos congénères ?
Les jeunes en quête d'une identité sociale : le « mésespoir ». Tous : une uniformisation de la pensée, de la consommation et du mode de vie à l'occidentale répandue par les mass medias.

Globalement, croyez-vous en l'Homme ?
Malgré tout, oui. Surtout s'Il accepte que la moitié femme de l'Homme puisse faire jouer pleinement son rôle à caractère complémentaire.

La plume peut-elle être une arme ? Un outil pour transformer le monde ?
Une arme, oui : les pamphlétaires l'ont montré. Mais qui ose encore brandir le pamphlet ?? Un outil pour transformer le monde..., non. N'importe comment, le monde se transforme à chaque minute, avec ou sans plume !

A quel âge, vos premiers textes ?
Dix-neuf/ vingt ans. Puis longue latence, le temps d'élever mes quatre enfants. Reprise en 1977.

Combien d'ouvrages avez-vous publiés ?
Dix.

Donnez-nous quelques titres (vos préférés !)
La femme qui est son propre employeur, L'Etouffement du clown, Un goût d'arrière-pensées...

Vos travaux de plumes se limitent-ils à la poésie ?
Non : des nouvelles, des brèves (nouvelles courtes et percutantes), des articles pour un journal local, des chroniques pour plusieurs revues.

Quels sont vos poètes délection ?
Ronsard, G. de Saint-Amand, Thoreau, Whitman, Follain (que j'ai beaucoup côtoyé dans les années 40/50)...Parmi les contemporains : K. White, M. Baglin, H. Heurtebise, Ovide Marchand, Transförmer, O. Caradec, Nanao Sakaki, Gabriel Cousin, G.L. Godeau, N. Bouvier...et tant d'autres !!

Pourquoi avoir choisi (si choix il y a eut) la poésie ?
Une nécessité de recherche par la voie d'une intense attention à tout autre.

Sauriez vous définir la poésie ? En dire les enjeux, la nécessité ? Que vous apporte-t-elle ?
Elle est le « langage dune présence dense au monde » (K.White) « Etre dehors, regarder en dedans. Etre dedans, regarder en dehors » (Christian Vogt, photographe) provoque une sensation d'ouverture illimitée, (mon dernier recueil, « Les Espaciers », je l'aurais volontiers titré : « L'Illimite » sans accent). Ouverture et bienveillance sont mes deux maîtres à vivre : ils savent dénouer en douceur la plupart des conflits.

Sacrifions aux questions de mode, et dites-nous, docteur : comment trouvez-vous la poésie aujourd'hui ?
Le marché est abondant : selon ses goûts, chacun peut y puiser des merveilles pour très peu de sous. Qui dit mieux ?

Pensez-vous que l'on puisse remédier à sa modeste audience ? Est-ce d'ailleurs possible ?
Les poètes doivent faire un effort de lisibilité. Si vous ne le croyez pas, demandez-vous d'où vient le succès d'un Robin ou d'un Delerm, (après Géraldy, Prévert, même si... bof...).

Certains en portent déjà le deuil : partagez-vous leur pessimisme ?
Non, dans la mesure où je crois à une progression -lente- du niveau de conscience (de la « délibération intime », d'après Diel).

Si vous le voulez bien, choisissez l'un de vos textes préférés. Il sera la touche finale de cet entretien.

Partir au devant
Fraîche dans l'heure fraîche
Et chercher l'accord.


Les Espaciers, 1997

 

 

 

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