ENTRE DEUX, nouvelle

ENTRE DEUX

 

Assis sur le canapé, entre deux songes, l’homme affalé, somnolait soutenu par l’alcool. Ses rêves l’emportaient au pays de l’enfance. Il se revoyait jouant avec ses sœurs, déguisé en petite fille, donnant le biberon à une poupée de porcelaine. A cette époque de l’enfance, il adorait les déguisements comme chaque enfant sans doute. Mais lui, seuls les déguisements féminins l’attiraient tout comme les jeux des filles. Sa mère lui avait appris la couture et le tricot, puis tard le canevas.

Assis sur le canapé, entre deux verres d’alcool, l’homme songeait. Il songeait à l’adolescence qu’il n’avait pas vécue. Enfermé entre deux mondes, le féminin et le masculin, il était resté sans savoir de quel côté il était, de quel bord allait sa préférence et tel un marin qui oscille de bâbord à tribord porté par le roulis, il n’avait jamais su. A cette période là, son père lui interdisait de l’aider au jardinage : c’est un travail d’homme lui disait-il ! De ces expériences sexuelles, des attouchements entre garçons, la main posée sur le sexe de l’autre. Des caresses sur les testicules qui faisaient monter l’envie naissante et le jaillissement de sperme comme une eau qui sourd brutalement, après l’orage, d’une montagne. En cachette il revêtait les culottes d’une de ses cousines comme pour changer de corps mais son sexe gênait la transgression. Jeux interdits, rapports maudits par la loi des hommes elle-même soumise à l’intolérance religieuse et une morale répressive. Puis ce fut le poids de cette même religion catholique : le patronage, les colonies de vacances sans aucune mixité et la déviance de certains serviteurs de dieu ! Il se souvenait d’une de ces colonies et de l’attitude d’un des frères chargé de l’encadrement des enfants. Les frères surveillaient les douches. La nudité des adolescents, leurs sexes en érections provoquaient le désir, un désir violent. Il a succombé, profané son éthique et le corps de l’adolescent.

Entre deux crises d’angoisse qui oppresse la respiration et se termine en sanglots irrépressibles ou l’enfermement d’une histoire devient prison, ou le regard se brise sur une fenêtre.

Entre IL et ELLE le temps s’en est allé inexorablement sans offrir de réponses, laissant simplement le rejet et la solitude prendre le dessus.

Entre deux rails, il n’a pas trouvé sa voie. Entre deux trains, il est resté sur le quai ne sachant lequel prendre.

Assis sur le canapé, entre deux souffrances, l’homme finissait son verre d’alcool tout comme sa vie finissait sans savoir, sans vouloir, sans espoir.

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