VENGEANCE POSTHUME, nouvelle

VENGEANCE POSTHUME

 

L’homme examinait le couteau qu’il tenait d’une main. Un couteau effilé qui pénètrerait facilement dans la chair. Un couteau qui mettrait un terme à la violence, la haine accumulée depuis tant d’année et subit sans rien dire.

 

Debout dans le salon il attendait.

Il l’attendait.

Pierre, c’était son prénom, se tenait droit au milieu de la pièce. Pour la circonstance il avait revêtu une chemise bleue, mis son pardessus qu’il laissait entrouvert sur la chemise, enfilé des gants, des bottines aux pieds et un jean. Il était habillé comme s’il se préparait à sortir. Dehors l’hiver pointait son nez et les premiers froids saupoudraient la ville de givre. Les gants ne laisseraient aucune trace.

Ses yeux paraissaient lointains, semblaient regarder un passé qui s’éloignait de plus en plus tel un bateau prend le large sans espoir de revenir au port.

Dans sa tête les images, les idées se bousculaient. Pourquoi après tant d’année ce résultat. Tout avait pourtant bien commencé. Elle était belle, charmante, attirante. Ses vingt ans avaient succombés aux appas de la fille. Il s’était vu et revu, l’amour avait fait le reste et le mariage fut une fête pleine d’espérance. Il ne pouvait imaginer l’engrenage sournois dans lequel il venait de mettre le doigt. La fête à peine terminée, le calvaire avait débuté. Dix sept ans après il n’en pouvait plus.

Ses gants de cuir noir suivaient le fil du couteau coupant comme un rasoir.

Il souriait.

Il jubilait.

Il tenait sa vengeance, l’avait murement réfléchi et mesuré toutes les conséquences qui suivraient. Il avait tout pesé, soupesé, rien laissé au hasard, préparé ses arrières.

Le couteau pénétrerait sans rencontrer de résistance dans le corps.

Il bavait de satisfaction, salivait du plaisir à venir. Il jouissait, par avance, du châtiment infligé. Enfin il entrevoyait un terme à toutes ses années ou il avait courbé l’échine, pris des coups, des insultes.

La lame ouvrirait le ventre, déchirerait la peau. Le sang s’échapperait en giclant avide de liberté et s’écoulerait sur le sol en une flaque épaisse, sombre et gluante. Toute vie cesserait comme cessera son tourment.

Sa main gantée effleurait le tranchant comme on caresse une femme. A cette pensée il sourit.

Les premiers temps son mariage avec Gabrielle, sa femme, semblait idyllique. L’amour enveloppait de ses rêves un quotidien qui ne tarda pas à pointer une terrible réalité !

Il se revoyait caressant son corps si doux et réceptif au toucher. Ses mains descendaient se poser délicatement sur les cuisses dont la peau lisse vibrait sous ses doigts. Des mains tendresse qui déclenchaient le désir. Un désir qui fusait de la source humide et qu’un doigt habile titillait jusqu'à déclencher le plaisir et des cris rauques que son bonheur laissait jaillir quand sa verge pénétrait l’intimité ouatée, chaude et prête à exploser.

L’homme souriait à l’évocation des souvenirs évoqués. Son sexe se souvenait aussi et se tendait comme un arc avant de lâcher la flèche.

Salope ! Hurla t-il la figure rouge congestionnée de colère et d’un bonheur interdit depuis longtemps.

Très vite, sa véritable nature apparue. Il n’avait pu rien faire. Chaque jour qui passait le confortait dans l’idée qu’il s’était fait avoir, qu’elle l’avait manipulé.

Bientôt l’heure de la revanche sonnerait et le couteau sera l’instrument de celle-ci.

Quel beau couteau, se dit-il en touchant de son gant la soie du métal froid qui pénétrait dans le manche.

Il entendit ses pas qui approchaient. Il entendit sa voix qui hurlait des insanités à son endroit. C’était ainsi depuis des années. Deux ou trois ans après leur mariage, le couple battait de l’aile. Elle se refusait à son mari. La nuit c’était l’hôtel du cul tourné. Il en devenait malade. Pourtant elle avait de belles fesses bien fermes que ses mains baladeuses caressaient. Hélas cela ne dura pas.

- Où es-tu, que fais-tu, sale con !

Il ne répondit pas, respirait ses derniers instants avant l’acte final. La pièce restait plongée dans le noir. Pierre n’avait pas allumé les lampes et dehors la nuit tombait sombre, lourde, froide. Une soirée d’hiver où tout est triste : le passé, le présent, l’avenir !

Elle avançait ne se doutant de rien. Chacune de ses enjambées la rapprochait d’un destin tragique qu’elle ignorait.

Les pas se firent plus forts sur le parquet et ses vociférations envahissaient l’espace.

Il se taisait, redressa le couteau comme le toréador dresse l’épée avant l’estocade. Ce couteau de cuisine dont elle se servait pour couper viandes et légumes. Souvent quand il l’observait manipulant le couteau, le doute s’insinuait en lui. Elle prenait plaisir à couper, taillader. Sur ses lèvres il pouvait voir un rictus de joie se dessiner. Elle jouissait, prenait son pied lorsqu’elle enfonçait l’instrument dans le morceau de bœuf. Une fois, qu’un de ses amants était resté pour manger, elle avait levé la lame sanguinolente devant Pierre, le regard méchant, les yeux injectés de haine :

-Un jour ce sera toi le morceau de viande que je découperai, lui avait-elle jeté à la figure ! Puis elle avait planté avec force le couteau dans le bois de la table de cuisine. Elle et son amant l’avaient laissé pantois dans la cuisine. Ils s’étaient éclipsés dans le salon en rigolant !

Depuis ce jour, Pierre faisait chambre à part. Le soir, il s’enfermait dans la sienne et mettait une chaise contre la porte. Il ne dormait que d’un œil, pas rassuré. Cela durait depuis des années.il n’avait plus jamais tenu son corps contre le sien. Ses mains soufraient de ne pouvoir caresser son ventre, ses cuisses, ses fesses. Son sexe inutile se morfondait. Il n’avait jamais eu de maitresse pour compenser. Elle si, et ses amants défilaient dans le lit conjugal trop souvent. Pierre pleurait, se cachait dans sa chambre refuge imaginant son corps se donnant à l’autre et se cambrant sous le plaisir.

Elle refusait le divorce. Elle refusait de partir. Elle s’ingéniait à le faire souffrir en lui parlant des ses conquêtes, de ses amants, de ses nuits torrides. Elle le faisait souffrir volontairement avec application. Parfois elle relatait sa relation sexuelle de la nuit avec délectation. Pierre devenait livide mais elle continuait avec forces explications et menus détails. Elle voulait sa mort, Pierre en était persuadé. Elle le poussait au suicide ce qu’il avait déjà commencé en s’alcoolisant un peu plus chaque jour pour tenter d’oublier. Son psychisme en prenait un coup et montrait des signes d’altération. Pierre vivait ou plutôt survivait dans un état de dépression permanent. Il en avait conscience et dans ses moments de lucidité il avait élaboré une sortie.

Elle paiera, se dit-il, pour sa méchanceté.

Elle entra dans la pièce les cheveux ébouriffés, les yeux furibonds, habillée d’un corsage qui moulait une poitrine arrogante. Pierre ferma à nouveau les yeux. Devant lui le spectacle de ses seins sur l’écran de ses rétines se dressaient. Des seins fermes dont les aréoles pigmentées rouge sombre rehaussaient des mamelons qu’Il adorait lécher d’une langue avide. C’était il y a bien longtemps soupira t-il en ouvrant les yeux.

Elle alluma la lumière se demandant ce qu’il pouvait bien faire dans la pénombre. Elle ouvrit la bouche pour l’insulter mais aucun son ne sorti. Elle resta pétrifiée de ce qu’elle voyait. Pierre, son mari s’approchait vers elle un couteau à la main. D’abord incrédule elle eut peur. Elle frissonna. La panique s’empara de son corps. Des images se bousculaient dans sa tête. L’effroi se lisait sur son visage défait.

Non ! Pierre hurla t-elle !

Son corps se ratatinait, se défaisait devant l’agressivité, la violence qui émanait de Pierre. La peur venait de changer de camp. Elle tremblait, implorait.

Pierre avançait doucement, le couteau à hauteur de poitrine. Il souriait, savourait l’instant. Toutes ces années de calvaire décuplaient une force intérieure qu’il ne se connaissait pas. Il exultait de voir sa femme, se recroqueviller, pâlir et son corps pris de convulsions.

Ah ! Ce corps qu’il avait tant aimé mais qui s’était échappé très vite vers d’autres. Pierre ferma les yeux à la souvenance de ce corps.

Elle était là, tremblante attendant le coup qui mettrait un terme à son existence. Tétanisée, obsédée par la vision du poignard, elle ne pensa pas un seul instant à fuir !

Elle se mit à revoir le passé. C’est vrai elle n’avait épousé Pierre que pour l’aisance financière qu’il apportait. Elle ne l’aimait pas, même si les premières années l’attrait de la nouveauté l’avait séduite. Bien vite elle s’était lassé, avait pris des amants. Elle voulait reconquérir sa liberté mais Pierre ne comprenait pas. Alors elle devenait odieuse, méprisante. Elle l’avait repoussé. Aujourd’hui il allait la tuer pour la punir, se venger de toutes ses humiliations que délibérément elle lui avait fait subir. Il avait tout préparé se dit-elle. Il s’apprêtait, son forfait accompli, à fuir. Un billet d’avion pour un ailleurs meilleurs, peut-être. Qu’on en finisse se dit-elle, qu’il me tut et vise le cœur. Gabrielle ne voulait pas souffrir, se voir mourir à petit feu.

Pierre avançait lentement le regard fixé sur elle. Un regard de meurtrier. Il jouait avec le couteau.

Elle ne reconnaissait plus ce visage déformé par la haine. Elle avait toujours connu Pierre gentil, affable même quand elle le repoussait, l’insultait. Pierre l’aimait et semblait tout lui pardonner. Ce n’était plus le même Pierre qui venait vers elle mais un inconnu qui allait l’assassiner.

Elle ne voulait pas mourir, elle voulait vivre, jouir, s’amuser. Elle implorait Pierre. Elle bafouillait, demandait pitié, suppliait.

Deux mètres. Elle sentit le souffle de Pierre envahit par l’alcool et se mit à pleurer.

Un mètre. Elle leva les bras dans une ultime défense, lança ses mains en avant comme pour conjurer le destin, repousser la peur, éloigner la réalité.

- Salope ! Hurla Pierre en retournant brusquement le couteau qu’il enfonça dans sa poitrine. Pierre vacilla, tituba. Le couteau dans le torse. Il s’effondra sur Gabrielle qui poussa un hurlement et tomba dans les pommes tandis que Pierre agonisait, se vidant de son sang sur son corsage.

La police arrêta Gabrielle pour homicide. La scientifique avait retrouvé ses empreintes sur le manche du couteau. Les enquêteurs avaient déduit que Gabrielle venait d’assassiner son mari au moment ou celui-ci rentrait du dehors car il portait encore son manteau et ses gants. Elle ne pu jamais expliquer exactement ce qui c’était réellement passé. Les enquêteurs avaient retrouvé et interrogé ses amants. L’un deux avait parlé de la scène à la cuisine et de la menace sur Pierre. Pour la police aucun doute, elle avait prémédité l’assassinat de son mari.

La justice, aux assises, la condamna à la prison à perpétuité dont vingt cinq ans incompressibles. Elle sera vieille lorsqu’elle sortira.

 

Pierre tenait sa revanche !

 

 

 

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