Suzâme

Bonjour Suzâme, présentez-vous d'un texte poétique court

Chorégraphie de l’arbre-femme

 

Danse la créature

Se déliant des ronces.

S’élance l’arbre-femme

Cambré par le temps.

 

Sa face dissimule ses tourments

Sous sa chevelure aux branches opales

Promesse aux paysages

Fusion aux saisons éternelles.

Où êtes-vous née ? Mariée ? Des enfants ?

Si je suis née dans une cabane au cœur de Paris dans les années 50, pendant la crise du logement, sans faire-part ni photographie de nourrisson, je suis mariée à l’arbre dont je suis le feuillage épanoui. Nos fruits sont deux merveilleux oiseaux qui reviendront arbustes. Après leur envol, nous avons pris racines au-dessus de la capitale.

Décrivez votre habitat:

J’habite un petit appartement qui ressemble à une maison. Je le partage avec l’homme que j’aime et c’est ce qui donne à mon espace, à tout ce qui le remplit une sensibilité particulière à nos personnalités complémentaires. Avant d’arriver à ce nid citadin, avant de commencer ma vie en couple, je savais que je donnerais une âme aux murs de mes habitations successives. Recréant l’espace très créatif de mon père qui était artiste-peintre, j’ai ainsi exposé esquisses, toiles et affiches dans chaque nouvel appartement.

Votre lieu d'écriture : 

Est-ce mon manque d’espace jusqu’à l’adolescence, le désir, le besoin d’avoir un coin à moi a toujours été prioritaire, un bureau avec plein de reflets de mon univers, à savoir les personnalités, leurs oeuvres, les idées et les thèmes, la représentation des proches (famille et amis) 

 

Quels sont vos objets préférés ?

 

Comme un enfant, je donne de la valeur à un caillou, un arbre, une fleur mais également un timbre, une carte, une lettre, un cadeau…Ce sont comme des talismans que j’aimerai emporter partout pour ne jamais oublier le lien. Sinon, sans avoir d’objets préférés parce qu’ils seraient innombrables, j’ai des objets – repères, livres complices collés les uns aux autres, œuvres picturales, statues, photos. J’ai besoin de voir et de toucher pour me rassurer d’être en vie chaque matin. C’est une interprétation aisée et pourtant j’ai la conviction que je vivrais mal sur une longue durée si j’étais séparée de ce contexte personnalisé depuis plus de trente ans.

Quelle est votre profession ?

Je suis fée comme d’autres sont assistantes commerciales ou de direction. J’exerce des pouvoirs que nul ne remarque vraiment et pourtant je négocie des pactes incroyables avec moi-même. Je n’en dirai pas plus car je suis contrainte au secret professionnel. Trop d’enjeu pour un défi qui commence chaque jour au chant du coq. Je ne dirai pas que je n’aime plus ma mission mais j’aimerais évoluer et obtenir le statut et le salaire de sorcière et en fin de carrière même si je dois travailler plus longtemps, celui de druidesse avec la garantie de ne pas être jugée.

Que diriez-vous de vous (physique, caractères, idées...) ?

Physiquement, je suis composée de fragments d’ombres et lumière. C’est un atout que je possède depuis l’enfance. Je passe ainsi tous les obstacles. Seuls mes proches me reconnaissent. Je n’ajouterai rien d’autre, trop idéaliste pour esquisser mon portrait livré à la dualité. Et si je cueillais une de mes idées, je fanerais les autres. Mon esprit est une fleur sans cesse renouvelée par l’imagination.

Bref, quand vous êtes seule, êtes-vous en bonne compagnie ? Oui tant que je ne suis pas isolée. J’aime être seule en compagnie…comme un iris dans un bouquet de roses.

Quels sont vos défauts, vos vices avouables ? Je suis naïve comme si je venais de naître. Je crois tout ce qu’on me dit mais ne suis plus croyante.

Hors l'écriture, quels sont vos loisirs ? Dilettante, beaucoup de mes activités ont le rythme de la promenade culturelle et contemplative (lectures, visites d’expositions, pièces de théâtre plutôt classiques, courtes randonnées). Mon délire ? La lecture d’un recueil plutôt que d’une trilogie.

Quels sont vos goûts (des noms !) : Plutôt musique classique, de Bach à Wagner jusqu’à l’enchantement. (voix et instruments). Ma grande amie est la chanson. J’ai dans la tête un répertoire composé de refrains d’auteurs interprètes français célèbres et d’artistes de variétés. Trop nombreux pour les nommer.

Quant au cinéma, ma génération a été marquée par les westerns et leurs acteurs mythiques. Longtemps, j’ai eu du mal à m’affranchir de cette influence où les héros sont mille fois plus nombreux que les héroïnes.

Côté Littérature, dès l’adolescence, j’ai préféré les livres à personnages puis j’ai été conquise par la prose des grands auteurs classiques. Vers vingt ans j’ai été temporairement fascinée par les livres de quête. Un nom ? Herman Hesse. Puis après ma découverte fulgurante des trois incontournables, Camus, Malraux et Sartre, j’ai renoncé au roman de divertissement. La Poésie ? C’est l’histoire d’un coup de foudre avec Verlaine.

Et vos dégoûts (des noms !) : Ne comptez pas sur moi, c’est mon principal défaut de ne jamais dire ce que je n’aime pas et pourtant je fuis la provocation, qu’elle soit impudique ou cachée.

Par quelle qualité êtes-vous séduite ? La confiance.

Par quel défaut êtes-vous rebutée ? L’impulsivité parce qu’elle libère le monstre qui est en nous.

Quels hommes/femmes admirez-vous ? Martin Luther King, Gandhi et Louise Michel, Simone Weil…

Quels hommes/femmes méprisez-vous ? Ils sont morts ou sont encore dictateurs.

Selon vous quels dangers menacent nos congénères ? l’autodestruction par les virus et l’alimentation artificielle.

Globalement, croyez-vous en l'Homme ? Je fuis la question depuis quelques années.

La plume peut-elle être une arme ? Un outil pour transformer le monde ? pour alerter, dénoncer mais pas pour changer le monde parce que la lucidité des auteurs ne changent pas les conditions humaines aussi extrêmes.

A quel âge, vos premiers textes ? 16 ans dans un carnet que j’emportais partout, même en classe.

Combien d'ouvrages avez-vous publiés ? Aucun. Cependant quelques uns de mes poèmes ont été publiés dans deux revues de Poésie dans les années 80.

Donnez-nous quelques titres (vos préférés !) : «Renaître, revivre, tout refaire», «Je ne possède de l’amour …»

Vos travaux de plumes se limitent-ils à la poésie ? Je n’apparente pas encore mes écrits fugaces à des travaux parce qu’écrire n’est pas un but mais une expression.

Quels sont vos poètes d’élection ? Si j’aime relire beaucoup d’auteurs du 19è siècle, je me sens plus proche de mes contemporains même si j’ai tendance à rejeter toute poésie hermétique.

Pourquoi avoir choisi (si choix il y a eut) la poésie ? Son langage entre l’instant et l’absolu.

Sauriez vous définir la poésie ? En dire les enjeux, la nécessité ? Que vous apporte-t-elle ? Elle est liée aux sens, à la sensibilité. Perception, réception, expression. Elle existe avant l’écriture dans la nature et en nous. Seul le poète capte ses ondes. Le défi est de la partager comme une envie de dire et d’écouter au rythme de nos existences. Elle m’apporte un regard intérieur.

Sacrifions aux questions de mode, et dites-nous, docteur : comment trouvez-vous la poésie aujourd'hui ? Hélas, je la connais peu car elle est insuffisamment représentée dans nos bibliothèques mais ne renonce pas à l’apprivoiser par l’intermédiaire d’Internet.

Pensez-vous que l'on puisse remédier à sa modeste audience ? Oui si on ne la laisse pas se replier dans les livres. La poésie a besoin de respirer et d’entendre la respiration de son public.

Est-ce d'ailleurs possible ? Croire que rien n’est perdu serait insuffisant, agir autour de nous quitte à s’exposer à l’indifférence, oui.

Certains en portent déjà le deuil : partagez-vous leur pessimisme ? Ni deuil ni pessimisme tant que la poésie est sœur de la vie.

Si vous le voulez bien, choisissez l'un de vos textes préférés. Il sera la touche finale de cet entretien :

Ce seront deux poèmes qui sont essentiels et influencent probablement encore mon inspiration. Le premier, durant mon adolescence, a été lu à haute voix par ma jeune prof de lycée. Le poème, sa diction...j'ai été subjuguée. L'ayant appris par coeur, il m'a accompagné longtemps comme un enchantement.

Mon rêve familier

 

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,

Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

 

Car elle me comprend, et mon coeur transparent

Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème

Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

 

Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l'ignore.

Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore,

Comme ceux des aimés que la vie exila.

 

Son regard est pareil au regard des statues,

Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

 

Paul Verlaine (Poèmes saturniens)

 

Puis, un peu plus tard, sortie de ma coquille juvénile, lorsque je deviens une jeune femme en quête du grand'Amour, lisant beaucoup de poésie, je découvre les surréalistes et particulièrement, Eluard qui m'hypnotise à vingt ans avec ce poème trouvé comme un trésor dans la collection Poètes d'aujourd'hui des Editions Seghers. Le voici parmi d'autres que j'aime encore tellement :

L amoureuse

Elle est debout sur mes paupières

Et ses cheveux sont dans les miens,

Elle a la forme de mes mains,

Elle a la couleur de mes yeux,

Elle s'engloutit dans mon ombre

Comme une pierre sur le ciel.

 

Elle a toujours les yeux ouverts

Et ne me laisse pas dormir.

Ses rêves en pleine lumière

Font s'évaporer les soleils

Me font rire, pleurer et rire,

Parler sans avoir rien à dire.

Paul Eluard, Capitale de la douleur, 1923

 

Revisitant mes écrits sur une trentaine d'années, je réalise que mon thème de prédilection le plus constant, le plus intense est celui de la femme. Merci Paul Eluard et si je ne vous en avais encore rien dit, je remercie Pierre Masquelier, artiste et père, génie des "modèles de rêve".

 

 

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Portrait  "chinois" de Suzâme

Je suis… une cigogne amoureuse, un saule rieur, une aigue-marine, un litchi, un galet de poésie … un porte-plume en bois

Je ne suis pas…un vautour affamé, un bouleau décharné, un rocher déserté, un kiwi oublié, un diamant enfoui, un brouillon jeté

Je suis…Eos, déesse de l’aube, Danaé de Camille Claudel, Ingrid Bergman

Je ne suis pas…Jeanne d’Arc, La Vénus de Milo, Jane Fonda

Je suis…L’heure du courrier, Un rendez-vous avec Juliette Gréco

Je ne suis pas…L’heure qui sonne, Un rendez-vous avec Hitler

Je suis…La Tour de Babel, Colllioure, Les bord de lune

Je ne suis pas…La Tour de Pise, La Courvive, un précipice

Je suis…Une P.M.S.C. (poétesse en milieu socioculturel)

Je ne suis pas…Une M.B. (menteuse boulimique)

Je suis…«Ne me quitte pas» de Jacques Brel, « Miracle à Milan » (1951) de Vittorio de Sica), une citation d’Alfred de Vigny dans Stello : «La Raison parle mais l’Amour chante»

Je ne suis pas… «Capri, c’est fini» d’Hervé Vilard, «Les Diaboliques» de H-G Clouzot, «To be or not to be, that is the question » de W. Shakesspeare

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Le regard de Tibicine s'est posé sur le papier,

nous dévoilant le portrait de Suzâme sous forme d'acrostiche :

 

Solitude ; parenthèse du vivant qui explore les failles

Utopie ; vivre des rêves à fleur de conscience, voler l'inaccessible

Zoom sur les cailloux qui tracent le chemin parcouru

Ame qui possède l'avatar et taille le diamant brut

      Nourriture des autres ; gourmandise des histoires

Nénuphar accroché à la lune :

Elan de fantaisie.

 


La plume d Anélias a laissé quelques mots, portrait poétique d un nom papillon, couleurs secrètes de Suzâme 

 

Suzamie, Suzâme, douce amie,

Elodie Fontaine des jours de pluie,

Et maintenant ton nom devient âme,

What is your name ?

Papillon virevolte

Couleur et révolte

Demi tour, face à face

Qui es tu, qui cherche la lumière ?

Naître au grand jour

Déguisée sous un pseudo

Fardée de songes, mélodies et parfums

Femme, toujours en devenir...

Suzerime

 


Vous avez dit l’écriture ?

L’Ecriture est mon espace et ma respiration entre le réel et l’imaginaire. Je ne sais rien d’autre sur elle et pourtant elle m’apprend sur moi-même en délivrant mille mots, notes et couleurs de mon chapeau-cerveau.

Elle me métamorphose dès que je saisis la plume et m’enchante dans l’instant, des paysages intérieurs qu’elle me révèle.

J’ai rendez-vous ce matin avec Elle et tout est possible…

(11/12/10)

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